Une petite enfance heureuse, malgré les coups durs

Je suis née en Janvier 1990, à 7 mois et demi, avec, pour meilleur ami, un frère jumeau. Nous avions déjà un grand frère, aimant et des parents pour qui leurs enfants étaient tout.

Mon frère jumeau a été victime de la mort subite du nourrisson, à l'âge de deux mois et demi, en Mars 1990. Pour ajouter de la douleur à ce drame, c'est notre grand frère d'à peine 8 ans  qui est venu nous voir dans le lit et qui a découvert que j'étais la seule éveillée, la seule en vie..

Le jours, mois, semaines suivantes étaient une lutte pour me maintenir en vie, car je ne me nourrissait plus, donc hôpital pédopsychiatre, et j'en passe ; une maman inconsolable, un papa qui gardait tout pour lui et qui était présent pour ma maman, qui ne me lâchait plus,  et grand mon frère.  

 

Les années sont passées, nous avons grandis avec cette perte, ce deuil qui n'a jamais été fait.. une maman en dépression aux périodes de fêtes jusqu'au mois de mai.. Un papa qui, avec le temps je l'ai compris, s'est réfugié dans le travail... Et un grand frère qui ne me lâchait plus.

 

J'ai eu une enfance heureuse car aimée de façon inconditionnelle par toute ma famille, câlinée à souhait, toujours avec mon grand frère, dans son groupe d'amis.. Quelque très bons amis à l'école... mais le vide...

 

D'où venait ce vide ?  De mon frère jumeau, absent, de la douleur qu'éprouvait ma famille lorsqu'ils me regardaient..?

Ou bien, du fait que je me bloque... du fait que je bloque tous sentiments... la tristesse, la colère, la douleur.. je ne m'en rendait pas compte, je ne m'en suis rendue compte il n'y a que quelque mois... c'est assez compliqué à expliquer... j'ai toujours "bloqué" mon ressenti... oui, j'aimais, j'éprouvais de la joie, du bonheur, de la tristesse, de la peur.. je pense même que tous ces sentiments étaient pour moi, ressentis bien trop fortement ; j'étais très sensible aux autres.. mes amis d'école, j'aimais être avec eux, mais en même temps, je ne supportais pas leur présence, qu'ils me parlent trop, je détestait ce coté moqueur qu'ils avaient envers les personnes dites "différentes"... je me suis liée d'amitié avec un enfant, sourd et muet, nous arrivions à nous comprendre sans grande difficultés, et j'aimais être son amie. Lorsque mon groupe d'amis se moquait de lui, j'allais jusqu'à me bagarrer avec eux tellement il m'était inconcevable que l'on puisse se moquer d'une personne juste parce qu'elle avait été dépourvue du sens auditif... (et je n'étais qu'en maternelle). Alors oui, je ressentais tous ces sentiments, mais au fond, je ne l'acceptais pas, ne les comprenais pas..  

Lorsque mon papa me disputait et me donnait la fessée (qui au passage ne m'a jamais traumatisée), je me retenais de pleurer et lui disait que je n'avais pas mal, qu'il pouvait continuer à me frapper que je ne ressentais rien.. Je n'acceptais pas d'être faible, car déjà a cet âge, les sentiments, la douleur étaient une faiblesse...

 

J'étais tout de même une enfant heureuse, pleine de vie, mais je ne me comprenais pas, je me sentais si différente et décalée des autres.. je n'en ai jamais parlé car j'avais honte, ou bien peur, mais une fois de plus, je ne l'acceptais pas.

 

Puis nous avons déménagé...

 

 

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